Le plus grave reste bien sûr l'assimilation des déclarations du leader centriste aux thèses de l'extrême droite traditionaliste, donc l'auteur n'hésite pas à convoquer les mânes « Barrès, Maurras? Je persiste et signe toujours ». Lorsque Bayrou prétend que « Sarkozy n'incarne pas les valeurs de la France » Minc entend dénonciation du « métèque » et ressort le couplet sur Sarkozy « immigré de la deuxième génération ». C'est infâme et digne des plus odieuses pratiques staliniennes, qui hurlaient au fascisme à la moindre critique. Minc fait semblant de ne pas voir que les valeurs de la France défendues par le MoDem sont celles de l'humanisme, de la Révolution Française et des droits de l'Homme, celles que précisément l'extrême droite a toujours rejetées. Certes, ce ne sont pas les valeurs de ceux qui mélangent identité nationale et immigration, pas celles de ceux qui cherchent à soumettre au chef les autres pouvoirs qu'il soient judiciaires ou médiatiques. On a beau retourner l'histoire dans tous les sens, le soit disant « populisme à l'Etat brut » de F.Bayrou n'est rien à côté de celui qui prend prétexte de la moindre émotion populaire pour durcir les lois répressives, la dernière en date devant punir les bandes. Enfin, le subtil observateur de la vie politique française qu'est A.Minc devrait se rappeler qu'au premier tour de la présidentielle de 2007, ce n'est pas F.Bayrou qui a massivement absorbé les voix du Front National.

Cet article qui use jusqu'à l'écoeurement de références historiques, est aussi convainquant qu'un discours d'Henri Guaino sur l'Afrique ou la Résistance. Il partage avec la plume de N.Sarkozy le même goût pour la déformation de l'histoire à des fins politiques. Retournons lui ses propres mots « S'il le fait consciemment, c'est grave; inconsciemment c'est scandaleux ».


François Bouyer
Professeur agrégé d'histoire
Modem Vanves