Que formuler comme vœux pour 2013 ? Sinon un chemin pour l’action. Mais, avant de regarder devant nous pour voir s’il y a un chemin à construire, arrêtons-nous un instant pour examiner si les espoirs que nous avions mis en 2012 ont été exaucés.
Le premier espoir portait sur la défaite de Sarkozy à l’élection présidentielle. Vœu exaucé.
Le deuxième souhait était que François Bayrou soit au second tour, afin que les idées que nous soutenions et les propositions qu’il faisait pour redresser le pays rassemblent et réconcilient les Français. Ça été la déception.
Le troisième était que le Président qui sortirait des urnes insuffle une politique courageuse de réformes au gouvernement qu’il nommerait et l’espoir que les citoyens de ce pays ne soient pas une fois de plus déçus par des promesses non tenues. On ne peut dire qu’il y ait matière à se réjouir. Même si François Hollande a, à certains moments, mené une politique sur des idées et des principes défendus par François Bayrou.
Mais l’année 2012 ne se résume pas à des souhaits de premier de l’an, souvent sinon toujours déçus. Nous aurions pu également souhaiter que les pratiques que nous reprochons au monde politique et au monde des médias relèvent leur niveau. Il n’en a malheureusement rien été. La crise de l’UMP a même porté au sommet cette « décomposition de la vie politique en France », comme l’a dit François Bayrou le 22 novembre dernier. En ce qui concerne les médias français, ils ont souvent été montrés du doigt par la presse étrangère, comme en témoigne un article du New York Times daté du 25 décembre : « La connivence entre les médias et les politiciens français semblait avoir atteint son apogée pendant la présidence de Nicolas Sarkozy, mais François Hollande – le président normal – se fait un plaisir de protéger ces liens étroits plutôt que d’abandonner les vieilles habitudes ». Et le récent comportement de l’AFP dans l’affaire Cahuzac, dénoncé à juste titre par Mediapart, n’arrange pas l’affaire.
Alors, quel chemin pour 2013 ? Il n’y en a qu’un seul, celui de la refondation, prônée par François Bayrou, dont la voix originale devrait, nous l’espérons, finir par être entendue.
Ceci ne devrait pas se faire sans déranger quelques personnes, à droite, à gauche, mais aussi au centre, tout au moins pour ces personnes du centre qui, en théorie, affirment pouvoir coopérer avec la droite comme avec la gauche, mais qui en fait, tout au fond d’elles-mêmes, n’acceptent d’alliances qu’avec la droite, reculant effrayées dès qu’il s’agit de faire alliance à gauche. Les remous provoqués par François Bayrou, annonçant son choix de voter Hollande, l’ont bien montré. Le combat de ce dernier contre tous les sectarismes, d’un camp comme de l’autre, est notre combat. C’est le seul chemin du redressement de la France. C’est donc celui que nous espérons pouvoir prendre au cours des prochains mois.
Le temps des orthodoxies est terminé, Comme est terminé le temps des consensus mous. Nous sommes engagés dans une véritable guerre, celle-là même dont parle Warren Buffet : « Il y a une guerre des classes, c'est un fait, mais c'est ma classe, la classe des riches qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner. Mais aussi celle que mène la droite extrême, illustrée par Copé lorsqu’il demande à Fillon de « s’énerver exclusivement contre la gauche ». Et ce n’est pas l’UDI qui semble ouvrir le chemin de la paix. Il suffit d’écouter Jean-Louis Borloo : « Face à la gauche, nous sommes la seule force crédible, sereine et ouverte ». Un choix de pure opposition.
Mais cette guerre ne sera menée, par ceux qui nous gouvernent, mais aussi ceux qui peuvent être appelés à nous gouverner demain, que si les citoyens se mobilisent et font pression. Au plan politique comme au plan économique.
Nous venons de balayer le politique. A l’heure où vient de disparaître Albert Hirschman, il est bon de balayer l’économique et de reprendre ce qu’il a dit : « L’ennemi principal, c’est bien l’orthodoxie ; répéter toujours la même recette, la même thérapie, pour résoudre toutes sortes de maux ; ne pas admettre la complexité, vouloir à tout prix la réduire ».
Et sur le plan économique il y a tout à faire. Reconstruire notre industrie sans tomber dans l’austérité, qui est une entrave à la justice sociale, à la consommation, et donc à l’emploi. Accepter le conflit contre les tenants de l’orthodoxie ultralibérale - ces banques qu’on ne peut séparer ni réguler, ces multinationales qui se sont organisées pour échapper à l’impôt auxquelles elles étaient soumises, ces organismes internationaux qui, comme l’OMC, font fi des conventions de l’OIT, ces paradis fiscaux qu’on tolère même au sein de l’Europe - , contre la corruption qui gangrène partout dans le monde les principes du droit et que la justice ne peut poursuivre faute de moyens, quand ce n’est pas faute de volonté politique.
Avant de conclure, je dirai qu’il est grand temps d’échapper aux idéologies, aux orthodoxies, qu’elles soient politiques ou économiques, afin de nous battre, non pas stérilement contre nous-mêmes mais contre ceux qui profitent de la démocratie pour l’abattre.
La question ne date pas d’aujourd’hui. Déjà, en 1978, un économiste, François Partant, pointait la chose dans son livre « Que la crise s’aggrave ». Il écrivait : «La division entre « droite » et « gauche » est aujourd’hui presque totalement dépourvue de sens. Devrait s’y substituer une division entre ceux qui cherchent l’avenir en respectant la logique du système (ce qu’on pourrait appeler les « soumis ») et les autres, réfractaires à cette logique. La ligne de partage politique traverserait alors toutes les classes (et sans doute presque tous les individus, obligeant chacun d’eux à renoncer à sa schizophrénie).
Je conclurai donc, avec Robert Rochefort, Vice-Président du Modem et Yann Wehrling, son porte parole.
Ce dernier a dit récemment ceci : « Le Mouvement Démocrate, qui a toujours défendu les vertus d’une position centrale, se réjouit de voir que tant de choses, qu’il avait développées durant la dernière élection présidentielle, se réalisent. »
Robert Rochefort vient d’affirmer cela le 27 décembre sur France 2 : « Il y a des moments dans l’histoire où il faut trouver une voie un peu différente. L’indépendance pour l’indépendance n’est pas une valeur en soi, et ces temps sont particuliers. Le modèle de la bipolarisation aboutit à des impasses qu’il faut dépasser. C’est ce que nous cherchons à faire au Modem ». Un vrai chemin d’espoir pour 2013.
Bernard LEON.